«Une ville dense n’a pas besoin de plus, mais de meilleurs espaces extérieurs»
Comment se fait le développement vers l’intérieur à Winterthour? Avez-vous défini un programme spécifique en la matière?
Depuis deux décennies, la population de Winterthour croît de 1 à 1,5% par an. Jusqu’à présent, la densification vers l’intérieur s’est concentrée sur la transformation d’anciens sites industriels, mais ces possibilités seront bientôt épuisées.
Il est évident que la ville de Winterthour va continuer à se développer. C’est pourquoi nous avons présenté il y a quatre ans déjà le projet «Winterthur 2040», un modèle d’urbanisme axé sur le développement vers l’intérieur. La densification ne doit pas se faire n’importe comment, mais de manière ciblée, là où la desserte est optimale.
Quelles sont les circonstances auxquelles la ville doit faire face selon le canton et la Confédération?
Près de la moitié de la ville de Winterthour est répertoriée dans l’Inventaire fédéral des sites construits à protéger (ISOS). Ces prochaines années montreront dans quelle mesure la protection des sites entre en conflit avec la densification vers l’intérieur.
De nombreuses villes limitent leur densification vers l’intérieur au développement de sites existants. Qu’en est-il à Winterthour?
Avec le projet «Winterthur 2040», nous avons développé une vision globale qui sert en même temps de base au nouveau plan directeur. Un concept de développement en hauteur détermine les endroits où il est possible de construire des immeubles de grande hauteur et de premiers plans directeurs régissent le développement dans les endroits les plus appropriés pour une densification, par exemple autour de certaines gares de quartier. La prochaine étape consistera à remanier le règlement de construction et de zonage (BZO). Nous ne visons pas une surélévation généralisée, mais voulons favoriser une densification ciblée là où cela fait sens du point de vue urbanistique.
Quelles sont les pistes envisageables pour faire avancer la densification du bâti existant?
Jusqu’à présent, on a souvent démoli l’ancien pour construire du neuf. Mais ce n’est pas ainsi que nous pourrons atteindre nos objectifs climatiques ambitieux (zéro émission nette de CO2 d’ici 2040). En effet, c’est dans la structure du bâtiment que se niche une importante part de l’énergie grise. En même temps, la transformation du bâti existant est plus complexe et parfois plus coûteuse que la démolition et la réalisation d’une construction de remplacement. Nous examinons des systèmes d’incitation et voulons nous-mêmes donner l’exemple en tant que ville. Nous planifions par exemple l’agrandissement de complexes scolaires sans démolition: nous estimons qu’il est préférable de créer des salles de classe au-dessus d’une salle de gymnastique existante ou de changer l’affectation des bâtiments.
Quelles sont les opportunités qu’offre la densification vers l’intérieur à Winterthour?
Jusqu’à présent, Winterthour a été construite de manière plane et ne présente pas une structure de construction particulièrement dense. Or, les infrastructures telles que les transports publics ou le chauffage urbain sont plus «rentables» lorsque la densité est plus élevée. Un plus grand nombre d’habitants est également avantageux pour les offres culturelles et gastronomiques.
Existe-t-il des exemples concrets qui montrent comment une densification peut avoir un effet positif sur un quartier, et en fin de compte sur la qualité de vie des habitantes et habitants?
Après le déclin économique de l’entreprise Sulzer, 22 hectares se sont retrouvés vides en plein centre-ville à la fin des années 1990. Aujourd’hui, cette zone est entièrement développée et très animée. Ce mix de bâtiments historiques et neufs abrite de nouveaux immeubles de bureaux, des lofts, des bâtiments universitaires, mais aussi des petits commerces ainsi que des espaces dédiés à la culture et à la gastronomie: le quartier est vivant!
Quelles sont, selon vous, les mesures d’accompagnement importantes pour que la densification vers l’intérieur améliore la qualité de vie au lieu de la détériorer?
Une ville dense n’a pas besoin de plus, mais de meilleurs espaces extérieurs et d’un climat urbain sain. Stadtgrün Winterthur a planté 1000 arbres au cours des trois dernières années. Le plan directeur communal prévoit des corridors d’air froid ainsi qu’un «parc périurbain»: Winterthour est entourée d’une frange verte qui constitue une zone naturelle et de détente de grande qualité que nous voulons protéger et développer.
Pour que le trafic reste fluide dans une ville en pleine croissance, nous développons les itinéraires cyclables, donnons la priorité aux transports publics et rendons la circulation piétonne attractive grâce à des mesures de modération ciblées. Notre vision est une ville où tout ce qui est nécessaire au quotidien ne se trouve qu’à une distance de quelques minutes – même sans voiture.