Les villes ont besoin de médias forts
Acteurs centraux de la démocratie locale, les villes ont besoin d’un paysage médiatique diversifié, indépendant et accessible pour informer la population, nourrir les débats publics et renforcer la confiance dans les processus politiques. Or, les médias traditionnels — en particulier ceux de faible portée — sont aujourd’hui désavantagés face aux nouveaux modes de consommation privilégiant des contenus digitaux, mondiaux et instantanément accessibles.
Cette situation les fragilise durablement : la concurrence très inégale avec les plateformes globales (comme Google, Meta, TikTok) réduit drastiquement leurs abonnements et leurs recettes publicitaires. Depuis 2003, 70 journaux régionaux ont disparu, tandis que des entreprises comme Tamedia et CHMedia ont absorbé plusieurs titres auparavant indépendants. Ce recul entraîne un appauvrissement du pluralisme et une diminution des contenus régionaux et politiques, pourtant essentiels pour rendre compte de manière critique et fiable des décisions étatiques, y compris celles des villes. Le maintien d’un service d’information local de qualité n’est réalisable que par des aides financières, qui doivent être réalisées de manière indirecte pour conserver l’indépendance des médias et doivent être prises en charge par la Confédération pour apporter une réponse nationale à cette problématique. Les villes prennent position en faveur de mesures de soutien aux médias et s’opposent à toute baisse des aides existantes.
Le droit d’auteur et d’autrice au temps de l’IA
Parallèlement, les systèmes d’intelligence artificielle (IA) et les grandes plateformes en ligne utilisent les contenus journalistiques pour générer résumés et textes dérivés, souvent sans mention de la source et en contournant les modèles traditionnels de rémunération. Les contenus journalistiques constituent par exemple 73 % des sources de ChatGPT, créant une concurrence déloyale qui fragilise encore davantage les médias traditionnels. Cette pratique nuit à la qualité de l’information, manque de transparence et enfreint le droit d’auteur et d’autrice. Une régulation claire est donc indispensable pour encadrer l’utilisation des contenus journalistiques, garantir la traçabilité des sources, protéger les droits des auteurs et autrices et assurer une juste rémunération du travail journalistique. Les villes plaident ainsi pour une révision de la loi sur le droit d’auteur afin de réglementer l’utilisation des contenus journalistiques par les plateformes en ligne et l’IA.
Non, 200 francs ne suffisent pas
La SSR est confrontée aux mêmes difficultés que les autres médias traditionnels, auxquelles s’ajoute la menace directe de l’initiative populaire « 200 francs, ça suffit ! ». Cette initiative demande de réduire la redevance des ménages à 200 francs (au lieu de 335), et de supprimer celle des entreprises. Le Conseil fédéral a déjà diminué la redevance à 300 francs d’ici 2029 et exempté les entreprises réalisant moins de 1,2 million de francs de chiffre d’affaires. En cas de « oui » dans les urnes, le budget de la SSR serait réduit de plus de moitié pour s’établir à 750 millions de francs. Cela se traduirait par une importante baisse de l’offre de la SSR, qui serait contrainte de massivement centraliser sa structure et renoncer à son ancrage dans les régions réduisant ainsi nettement le journalisme régional, qui devrait faire des coupes massives dans son offre, tant dans le sport et la culture, que dans l’information et qui devrait supprimer environ 2’400 postes à temps plein. De telles conséquences seraient désastreuses pour l’information, la culture et la démocratie dans les villes. Les villes s’opposent donc à toute nouvelle baisse de la redevance Radio-TV et rejettent fortement l’initiative populaire SSR « 200 francs, ça suffit ! ».
