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Ce qui semblait encore récemment relever d’un scénario d’avenir est devenu réalité à l’été 2026: records de chaleur, paysages altérés, niveaux très bas des nappes phréatiques et nuits tropicales placent la Suisse face à des défis de taille. Les villes et les agglomérations sont particulièrement touchées. Pour pouvoir s’adapter plus rapidement et efficacement à un climat plus chaud, elles ont besoin d’une marge de manœuvre suffisante et de meilleures conditions-cadres. La Confédération doit elle aussi assumer ses responsabilités.
Dès 2025, dans son analyse des risques climatiques pour la Suisse, la Confédération avait classé les effets néfastes de la chaleur sur la santé et la diminution des capacités physiques parmi les risques très importants. L’été caniculaire de 2026 a confirmé cette évaluation. Entre juin et août 2026, le nombre de décès a dépassé de 659 le niveau statistiquement attendu. Les conséquences économiques du changement climatique, notamment la baisse de la productivité du travail, sont considérables. Selon un indicateur de mesure des risques climatiques, la chaleur, les inondations, les fortes précipitations, le vent et la sécheresse pourraient réduire de 7,32 % la performance économique à l’horizon 2030-2035 en l’absence de mesures d’adaptation. Rapporté à un PIB annuel d’environ 850 milliards de francs, cela représente 62 milliards de francs.
Ces constats appellent des mesures. Dès lors que la Confédération reconnaît la canicule comme un risque très important et comme le phénomène naturel le plus meurtrier, elle doit également assumer les responsabilités qui en découlent. La protection contre la chaleur ne saurait incomber en premier lieu aux cantons et aux communes. La gestion de ce risque naturel est une tâche commune aux trois échelons de l’État et doit, à ce titre, être abordée, organisée et financée conjointement.
Les villes ne sont pas restées les bras croisés
Les villes agissent déjà. Elles désimperméabilisent les sols, plantent et protègent des arbres, végétalisent les toits et aménagent des quartiers adaptés au changement climatique. Elles rénovent les bâtiments publics, créent des espaces de fraîcheur et prennent contact avec les groupes de population particulièrement vulnérables. Mais l’adaptation à la hausse des températures est complexe et doit être pensée à grande échelle, ce qui mobilise des ressources humaines et financières considérables. Parallèlement, les villes luttent contre le changement climatique et contribuent à la réalisation des objectifs climatiques. Elles investissent massivement dans la protection du climat afin d’atteindre zéro émission nette d’ici à 2050. Mener de front l’adaptation au changement climatique et la transition vers des villes climatiquement neutres constitue un défi majeur. Les villes attendent de la Confédération et des cantons le soutien nécessaire pour pouvoir exploiter pleinement leur marge de manœuvre.
Un plan d’action national pour unir les forces
Les risques liés à la chaleur concernent l’ensemble de la population et de l’économie. Un plan d’action national est donc nécessaire. Il permettra aux villes et aux communes de mettre en œuvre, avec la Confédération et les cantons, des mesures globales contre la chaleur et pour l’adaptation au changement climatique, tout en améliorant de manière ciblée les conditions-cadres nécessaires à leur mise en œuvre, en particulier dans les villes. Un tel plan d’action définit un cap et engage les acteurs concernés: il rassemble les connaissances et les mesures existantes, clarifie les responsabilités et coordonne l’action de la Confédération, des cantons, des villes et des communes. Il crée ainsi une base commune et largement soutenue pour la population, l’économie et les autres acteurs concernés, et évite que les différents échelons de l’État ne planifient leurs actions séparément. Particulièrement touchées et déjà fortement engagées, les villes et les agglomérations doivent impérativement être associées au processus dès le départ.
- Le plan d’action contre la chaleur doit établir les bases d’une mise en œuvre ciblée et efficace des mesures. Il nécessite des données de mesure consolidées et à haute résolution ainsi que des modèles climatiques portant sur les températures et à l’exposition à la chaleur. Combinées aux données sur la densité de population, les infrastructures et les lieux de travail exposés, ces informations permettent de mieux cerner les risques et leurs conséquences économiques et de prioriser les mesures d’adaptation. La Confédération doit prendre les rênes et veiller à ce que les villes et les cantons disposent de données comparables et fiables.
- Le plan d’action doit offrir aux villes la marge de manœuvre et les conditions-cadres nécessaires à une adaptation efficace. Dans les zones urbanisées, les mesures d’adaptation sont en concurrence avec d’autres intérêts publics – mobilité, protection contre les incendies, conservation des monuments historiques, ISOS ou loi sur l’égalité pour les personnes handicapées – pour l’accès aux ressources et à l’espace disponibles. Ces conflits d’objectifs doivent être analysés à un niveau global afin de permettre une pesée rigoureuse des intérêts lors de projets concrets. Il convient également d’identifier et de lever les obstacles juridiques et procéduraux aux mesures d’adaptation.
- Le plan d’action doit définir une répartition équitable des coûts liés aux mesures d’adaptation au changement climatique. Aujourd’hui, les villes assument une part considérable des coûts de mesures qui profitent à l’ensemble de la société. Or, au vu de l’ampleur des défis, les moyens actuellement prévus par la Confédération dans le cadre d’Adapt+, soit seulement huit millions de francs en 2026, sont loin de suffire pour financer des mesures concrètes dans les zones urbanisées. Il faut donc instaurer une répartition équitable et contraignante des coûts entre la Confédération, les cantons et les communes, comme pour les autres risques naturels. Dans le domaine de la protection contre les crues, la Confédération et les cantons prennent aujourd’hui en charge 60 à 90 % des coûts, la protection contre les risques naturels étant reconnue comme une tâche commune. L’adaptation au changement climatique nécessite un modèle de financement similaire.
L’été caniculaire de 2026 doit marquer un tournant. Un plan d’action national contre la chaleur créera le cadre nécessaire à une action coordonnée, largement soutenue et contraignante. Les villes sont prêtes. C’est maintenant à la Confédération d’agir.